Futurs non
conformes. #1 Mythologies

Technological Disobedience

Ernesto Oroza

URL de l’œuvre
http://www.technologicaldisobedience.com/

Depuis un demi-siècle, la situation économique sinon politique, a placé les Cubains devant l’obligation de se substituer à une industrie défaillante et à faire durer les objets industriels au-delà de toute vraisemblance. Ils ont dû faire preuve d’astuce, imaginer des détours, trouver des solutions ingénieuses, bref inventer un système industriel familial.

« A force d’ouvrir tant de corps, le chirurgien devient insensible à l’esthétique de la blessure, du sang et de la mort ». Et ceci est la première désobéissance du Cubain dans sa relation aux objets : un certain irrespect pour l’identité du produit, la vérité et l’autorité qu’imposent son identité. Depuis la crise économique des années quatre-vingt-dix, l’individu a pris en mains les rênes de sa vie et cette décision fut aussi le début d’un mouvement de révolte consumériste.

La réparation, la re-fonctionnalisation et la réinvention peuvent être considérées comme des sauts « imaginatifs » en opposition aux concepts d’innovation favorisés par la logique industrielle. Ces pratiques peuvent paraître rétrogrades ou adaptées à une réalité pauvre, mais c’est en fait une évasion du monde des rêves du consumérisme idyllique vers la réalité. S’il est certain que le besoin est à l’origine de ce phénomène d’insurrection, son évolution, sa persistance lui donnent une autonomie et une épaisseur importante.

En étudiant comment les Cubains inventent et fabriquent leurs objets pour faire face aux restrictions économiques, Ernesto Oroza révèle des modèles de comportement face à la technologie et surtout face à cette autorité et cette vérité supposées que montrent les produits capitalistes. Un ensemble de pratiques et de gestes regroupés sous le concept de « désobéissance technologique ».

Textes extraits de « Rikimbili, Une étude sur la désobéissance technologique et quelques formes de réinvention », d’Ernesto Oroza, Cité du Design et Publications de l’Université de Saint-Étienne, préface de Marie-Haude Caraës et Philippe Comte, traduction de Nicole Marchand-Zanartu, 2009

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Technological Disobedience

Projet produit avec le soutien du Jeu de Paume

La pratique d’Ernesto Oroza achemine la tradition de l’architecture radicale dans une utilisation analytique des typologies d’objets contemporains et des forces de production. Au lieu des travailler dans le domaine de la fabrication, il produit et diffuse des modèles spéculatifs et ses recherches grâce à différents moyens : expositions, publications, pratiques collaboratives, documentaires, incursions peu orthodoxes dans des modes plus classiques de l’architecture, du design d’intérieur et de l’objet. Le travail de Oroza a été présentée au Museum of Modern Art, New York; Groninger Museum, Pays-Bas; LABoral Centro de Arte y Creación industrielle, Espagne; Musée des Beaux-Arts; Museo Rufino Tamayo, Mexico; Institut de Cultura La Virreina, Barcelone.

Ernesto Oroza’s practice channels the tradition of Radical Architecture into his own analytical employment of contemporary object typologies and productive forces. In lieu of functioning within the realm of manufacturing, he produces and distributes speculative models and research through various publication methods, exhibitions, collaborative practices, documentaries, and unorthodox forays into more conventional modes of architecture, interior and object design. Oroza’s work has been presented at the Museum of Modern Art, New York; Groninger Museum, The Netherlands; LABoral Centro de Arte y Creación Industrial, Spain; Montreal Museum of Fine Arts; Museo Rufino Tamayo, Mexico City; Institut de Cultura La Virreina, Barcelona.

http://www.ernestooroza.com/bio-cv/

Technological Disobedience

For half a century the economic, if not the political situation, has obliged Cubans to make up for the inadequacies of their industry and ensure that industrial objects last for longer than one could possibly imagine. They have had to be shrewd, to imagine ways around problems and find ingenious solutions – in short, they have had to invent a family-level industrial system.

“After cutting open so many bodies, the surgeon become insensitive to the visual aspect of wounds, blood and death.” And this is the first way in which Cubans disobey and betray the object; they disrespect its original identity, the authority this identity holds and the truth it conveys. Since the economic crisis in the 1990s, people have taken control of their lives and this decision also marked the start of a movement of consumer revolt.

In contrast to the concepts of innovation favoured by industry and its dominant logic, the fact of repairing, restoring functionality and reinventing can be seen as a great leap of imagination. Such practices may appear retrograde or simply a necessary response to the realities of poverty, but they are in fact a way of escaping from the dreamworld of idealistic consumerism and setting foot in the real world. If this insurrectional phenomenon is indeed born out of necessity, its persistence confers upon it a significant level of autonomy and consistency.

By studying how Cubans invent and manufacture objects to overcome economic restrictions, Ernesto Oroza showcases models of behaviour and reactions to technology itself, but above all to the authority and veracity that these capitalistic products supposedly embody. These practices and gestures are grouped together under the concept of « technological disobedience ».