À propos du Chthulucène

Creación de las aves

La complexité de l’œuvre picturale de Remedios Varo peut être interprétée comme une révision délirante des canons de la science moderne, comme un naturalisme surnaturel où résonnent des échos de la weird fiction initiée par H. P. Lovecraft. La rigueur de ses compositions épurées, qui renvoient à la géométrie des grands peintres de la Renaissance, contraste avec une imagerie inquiétante qui déborde les limites des toiles pour composer une œuvre énigmatique. Selon l’historienne Tere Arcq, le travail de Varo demande à être déchiffré avec plusieurs clés de lecture simultanées : la clé littéraire, l’onirique, la surréaliste, l’architecturale, et surtout, la clé ésotérique.

L’œuvre de Remedios Varo est, peut-être avant tout, la recherche d’une expérience mystique au contact des mécanismes qui organisent le monde naturel. La kabbale, l’alchimie, le tarot ou la magie accompagnent des représentations précises mais fantasmagoriques de planètes, de paysages, d’instruments de laboratoire, d’oiseaux, de plantes, d’insectes et d’autres personnages. Creación de las aves (1957, en français : « la création des oiseaux »), œuvre de sa dernière période créative, fait allusion au rôle mythopoétique de l’artiste, tel une « faiseuse de mondes », artisane de systèmes magiques qui s’ouvrent et se referment les uns à l’intérieur des autres.

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Remedios Varo, La creación de las aves, 1957. © Adagp, Paris, 2017

La vie de Remedios Varo (Anglés, 1908 – Mexico, 1963) est, comme son œuvre, marquée par de multiples intersections. Née en Catalogne d’un père andalou libre-penseur et d’une mère basque très pieuse, elle s’initie dès le plus jeune âge aux rudiments du dessin industriel. C’est une des premières femmes à intégrer la célèbre académie des beaux-arts de San Fernando, à Madrid, alors que Salvador Dalí et Maruja Mallo y sont également étudiants. Lorsque la guerre civile éclate, elle s’enfuit à Paris et rencontre le groupe d’André Breton. En 1941, l’occupation allemande la pousse une fois de plus à l’exil. Elle s’installe au Mexique, où elle développera la période la plus importante de sa carrière, marquée par la rencontre avec les sciences occultes (à travers l’œuvre de l’écrivain ésotérique Georges Gurdjieffà) et ses relations avec d’autres artistes et intellectuels comme Leonora Carrington. Son œuvre est progressivement reconnue dans les années 50 et est aujourd’hui considérée comme une des plus remarquables de l’art moderne mexicain.
http://remedios-varo.com/biografia/

The biography of Remedios Varo (Anglés, 1908 – Mexico City, 1963) is marked, like her work, by intersections. She was born in Catalonia to a freethinking Andalusian father and a very religious Basque mother. As a child, encouraged by her father’s professional activity, she began to learn the rudiments of industrial drawing. She was one of the first women to be enrolled in the famous Academia de San Fernando in Madrid, where Dalí and Maruja Mallo also trained. At the beginning of the Civil War she fled to Paris and established relations with Breton’s circle. In 1941 the German occupation led her to move to Mexico, where she developed the most important part of her artistic career, marked by contact with the occult sciences (through the work of the esoteric writer G. I. Gurdjieff) and by her relationships with other artists and intellectuals, such as Leonora Carrington. Her work began to be recognised in the 1950s, and now she is considered one of the most important artists of Mexican modern art.
http://remedios-varo.com/biografia/

http://remedios-varo.com/

The complex pictorial work of Remedios Varo can be interpreted as a delirious review of the canons of modern science, a naturalism of the supernatural in which there are resounding echoes of the subgenre of “weird fiction” initiated by H. P. Lovecraft. The strictness of her refined compositions, which refer to the geometrical structures of the classic artists of the Renaissance, contrasts with a disturbing imagery that spills beyond the borders of each picture and spreads out into an enigmatic oeuvre that, in the opinion of the historian Tere Arcq, needs to be opened with several keys at the same time: literary, oneiric, surrealist, architectonic and, especially, esoteric.

Remedios Varo’s work is, perhaps above all else, a search for a mystical experience in contact with the mechanisms that create order in the natural world. The cabbala, alchemy, the tarot and magic accompany a precise but phantasmagorical representation of planets, landscapes, laboratory instruments, birds, plants, insects and other creatures. Creación de las aves (Creation of the Birds, 1957), which belongs to her last creative period, also alludes to the mythopoeic role of the artist as a “maker of worlds”, a creator of magical systems that open and close within each other.
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