ADM XI.
Une proposition du collectif RYBN

29 octobre 2015 – 5 avril 2016
URL de l’œuvre :
http://rybn.org/ANTI/ADMXI/

Si vous pensez que le monde – et les marchés – sont pilotés et gérés par des humains, vous risquez de bientôt déchanter. Car, aujourd’hui, la technologie devient un sujet agissant à part entière. Les actes et les décisions qui, traditionnellement, étaient des prérogatives de l’homme – c’est-à-dire du sujet – sont de plus en plus délégués à des machines en réseau et des programmes. L’acteur autonome qu’était l’homme a cédé la place à des technologies omniprésentes qui se comportent en quasi-sujets. Et alors même que les utilisateurs (de technologie) continuent de se considérer comme des sujets agissants, on a de plus en plus de mal à savoir qui se trouve réellement aux commandes. Des voitures sans chauffeur se profilent à l’horizon tandis que des articles de presse sont compilés par des algorithmes. En 2006, un tiers des opérations boursières dans l’Union européenne et aux États-Unis était déjà réalisé par des programmes automatiques ou des algorithmes. Pour connaître le chiffre actuel, on doit s’en remettre à des estimations.

Algo(rithmic) trading
L’« algotrading » désigne des systèmes de transactions qui s’appuient majoritairement sur des formules mathématiques complexes et des programmes informatiques ultrarapides pour élaborer des stratégies boursières qui seront ensuite exécutées sur des plateformes électroniques. De nombreux types de transactions algorithmiques ou automatisées relèvent du « trading à haute fréquence » (THF). L’algotrading a bouleversé la microstructure des marchés et suscité un débat public animé lorsqu’une transaction algorithmique a déclenché une vague de ventes à l’origine du « Flash Crash » de 2010. Le 6 mai 2010, ce krach éclair1 , également appelé « krach de 14h45 » et responsable de billions de dollars de pertes, a commencé à 14h32 et duré environ trente-six minutes. Navinder Singh Sarao, opérateur de seconde zone de trente-six ans installé à Londres, l’aurait provoqué en utilisant un logiciel de transactions disponible dans le commerce dont il aurait « gonflé » le code « pour pouvoir facilement placer et annuler des ordres automatiquement2 ».

ADM XI
ADM XI est un ensemble en ligne d’algorithmes boursiers dissidents, irrationnels et expérimentaux imaginés par des artistes non professionnels de la finance. Ces algorithmes (influencés, par exemple, par des organismes vivants, des formules mathématiques ésotériques ou des phénomènes surnaturels) sont mis en concurrence sur un marché organisé par RYBN.ORG. Dans ADM XI, le marché n’est plus régulé par les indices des cours (algorithmes tournés vers l’optimisation et la maximalisation des profits, la rapidité et l’efficacité – comme celui « gonflé » par Sarao), mais animé par des organismes vivants – sol, végétaux, bactéries – et régi par des règles environnementales, astronomiques, numérologiques, cryptographiques, esthétiques ou ésotériques. Tous les algorithmes d’échange obéissent donc à leur propre logique (non mercantile) : certains tentent de favoriser un chaos total et irréversible, d’autres d’agir sur les cours pour que leurs courbes offrent une géométrie esthétique.

Le site Internet prend la forme d’une galerie d’anatomie algorithmique comparée ou d’un bestiaire monstrueux d’algorithmes transactionnels tout en utilisant l’approche zoosystémique de Louis Bec et de Vilém Flusser. Chaque algorithme est consigné à la façon des dessins des botanistes du XIXe siècle, avec schémas opérationnels, diagrammes logiques, options de classification, descriptions textuelles et autres données éventuellement utiles. Comme dans un zoo, le comportement de chaque algorithme est également visible à l’aide d’un système d’écrans. Celui-ci permet d’observer en temps réel le creuset de l’ingénierie algorithmique contemporaine, vu ici sous l’angle d’une future gouvernementalité algorithmique3.

Le projet ADM XI fait partie de la série Antidatamining inaugurée en 2006. C’est le troisième – et dernier – volet de la trilogie de RYBN sur la finance algorithmique entamée avec ADM 8 (2011) et poursuivie avec ADM X: The Algorithmic Trading Freakshow (2013).

Dès son lancement sur l’espace de création en ligne, ADM XI présentera six algorithmes auxquels s’ajouteront de nouvelles propositions tout au long du projet.

Inke Arns

1. Voir https://en.wikipedia.org/wiki/2010_Flash_Crash (consulté le 12 septembre 2015).
2. Voir Silla Brush, Tom Schoenberg et Suzi Ring, « Mystery Trader Armed With Algorithms Rewrites Flash Crash », Bloomberg News, 22 avril 2015 (consulté le 12 septembre 2015). La responsabilité de Sarao demeure toutefois très discutée. Selon Eric Scott Hunsader, il est fort probable que Sarao ait servi de bouc émissaire à un secteur financier friand de « quote stuffing » (« bourrage des carnets d’ordres ») : « This chart exonerates Sarao for causing the flash crash (did he contribute? MAYBE. Cause it? NO) », Eric Scott Hunsader (@nanexllc), https://twitter.com/nanexllc/status/591648730501156865, 24 avril 2015 (consulté le 14 septembre 2015).
3. Le terme de « gouvernementalité algorithmique » a été inventé par Antoinette Rouvroy, voir : http://works.bepress.com/antoinette_rouvroy/ (consulté le 14 septembre 2015).

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Commissaire : INKE ARNS, directrice artistique du HMKV, Dortmund.
L’EXPOSITION EN LIGNE « ADM XI » A ÉTÉ PRODUITE
AVEC LE SOUTIEN DU JEU DE PAUME,
DE LABOMEDIA ET DE L’ESPACE MULTIMÉDIA GANTNER.

RYBN
Collectif artistique extra-disciplinaire, groupe de recherche fondé en 2000 et basé à Paris, RYBN est spécialisé dans la réalisation d’installations, de performances et d’interfaces faisant autant référence aux systèmes codifiés de la représentation artistique — peinture, architecture, contre-cultures – qu’aux phénomènes humains et physiques (géopolitique, socio-économie, perception sensorielle, systèmes cognitifs).

Les travaux de RYBN ont été présentés dans de nombreuses institutions dédiées à l’art contemporain ainsi que dans des festivals dont le Centre Pompidou, Paris ; la Gaîté lyrique, Paris ; Nemo, Paris ; ZKM, Karlsruhe ; LABoral, Gijón ; le HMKV, Dortmund ; Ars Electronica, Linz ; Pixelache, Helsinki ; HEK, Bâle ; Kunsthalle, Kiel ; Transmediale, Berlin ; ISEA, San José ; Elektra, Montréal ; Cellsbutton, Yogyakarta ; etc. Certaines de leurs œuvres ont fait l’objet d’acquisition au sein de collections nationales, et ont reçu des prix et distinctions dans des concours internationaux.

Extradisciplinary art collective and research group, founded in 2000, based in Paris. RYBN specializes in the production of installations, performances and interfaces referring to codified systems of the artistic representation – painting, architecture, contrecultures – as well as to human and physical phenomena (geopolitics, socioeconomics, sensory perception, cognitive systems)

Their work has been shown in numerous contemporary art exhibitions and festivals, such as Centre Pompidou, Paris; La Gaîté Lyrique, Paris; Nemo, Paris; ZKM, Karlsruhe; LABoral, Gijon; le HMKV, Dortmund; Ars Electronica, Linz; Pixelache, Helsinki; HEK, Basel; Kunsthalle, Kiel; Transmediale, Berlin; ISEA, San José; Elektra, Montréal; Cellsbutton, Jogjakarta; etc. Some of their works have been acquired by national collections, in addition to having received awards in international competitions.

UNE RENCONTRE AVEC LES MEMBRES DU COLLECTIF RYBN
SE TIENDRA À L’AUDITORIUM DU JEU DE PAUME,
LE MARDI 8 DÉCEMBRE À 19 HEURES.

RYBN: Antidatamining (ADM) XI (2015)
http://rybn.org/ANTI/ADMXI/

If you think that the world – and the markets – are driven and operated by humans, you might soon be proven wrong. Today, technology is turning into an acting subject in its own right. Actions and decisions that have traditionally been a prerogative of man – i.e., the subject – are increasingly devolved to networked machines and programming. Man as an autonomous actor has given way to ubiquitous technologies performing as quasi-subjects. And while users (of technology) continue to view themselves as acting subjects, it becomes increasingly difficult to determine who is actually in control. Driverless cars are looming on the horizon while newspaper articles are compiled by algorithms. By 2006, already a third of all European Union and United States stock trades were driven by automatic programs, or algorithms. We can only guess today’s percentage.

Algo(rithmic) trading
Algo trading encompasses trading systems that are heavily reliant on complex mathematical formulas and high-speed computer programs to determine trading strategies, which are then executed on electronic trading platforms. Many types of algorithmic or automated trading activities can be described as high-frequency trading (HFT). Algo trading has resulted in a dramatic change of the market microstructure, and has been the subject of much public debate since an algorithmic trade triggered a wave of selling that led to the 2010 Flash Crash. The May 6, 2010, Flash Crash1 also known as The Crash of 2:45, was a trillion-dollar stock market crash, which started at 2:32 and lasted for approximately 36 minutes. Allegedly, Navinder Singh Sarao, a London-based 36-year-old small-time trader was responsible for sparking it by using a commercially available trading software whose code he ‘pimped’, « so he could rapidly place and cancel orders automatically. »2

ADM XI
ADM XI is an online collection of heretic, irrational and experimental trading algorithms, developed by artists and other non-professionals of finance. These algorithms (influenced, e.g., by living organisms, esoteric mathematical formulas or supernatural phenomena) are released to compete with each other, on a marketplace provided by RYBN.ORG. Within ADM XI the market is no longer regulated by the price indices (algorithms governed by optimization and profit maximization, speed and aggression – like the one ‘pimped’ by Sarao), but it is activated by living organisms – soil, plants, bacteria – and is organized according environmental, astronomical, numerological, cryptographic, aesthetic, or esoteric rules. All trading algorithms thus follow their own (non mercantile) logic: some attempt to boost a total and irreversible chaos, others try to influence the market price to make it look like an aesthetic geometrical shape.
The website takes the form of a gallery of comparative algorithmic anatomy, or of a Bestiaire Monstrueux of trading algorithms, while using Louis Bec’s and Vilém Flusser’s Zoosystèmatique approach. Each algorithm is documented in a way that resembles 19th century botanists’ drawings, containing operational patterns, logical diagrams, classification options, textual descriptions and other potentially useful documentation. Like in a zoo, the behavior of each algorithm is also visible thanks to a monitoring system. It allows for a real-time observation of the crucible of contemporary algorithmic engineering, seen here from the perspective of a future algorithmic governmentality.3
ADM XI is part of the Antidatamining series, initiated in 2006. It is the third – and final – part of RYBN’s trilogy on algorithmic finance initiated with ADM 8 (2011) and continued with ADM X: The Algorithmic Trading Freakshow (2013).

Since its launch on our online creative space, ADM XI will present the first six algorithms. New algorithms will be added regularly to the project.

Inke Arns

1. https://en.wikipedia.org/wiki/2010_Flash_Crash (retrieved September 12, 2015)
2. Brush, Silla; Schoenberg, Tom; Ring, Suzi (April 22, 2015), « Mystery Trader Armed With Algorithms Rewrites Flash Crash », Bloomberg News (retrieved September 12, 2015). However, Sarao’ responsability remains highly controversial. Eric Scott Hunsader has suggested that it is most probable that Sarao was used as a scapegoat by the finance industry which is massively using quote stuffing: „This chart exonerates Sarao for causing the flash crash (did he contribute? MAYBE. Cause it? NO)“, Eric Scott Hunsader (@nanexllc), https://twitter.com/nanexllc/status/591648730501156865, April 24, 2015 (retrieved September 14, 2015)
3. Antoinette Rouvroy has coined the term „gouvernementalité algorithmique“, see: http://works.bepress.com/antoinette_rouvroy/ (retrieved September 14, 2015)